Interview de l’écrivain Nassur Attoumani, formateur du projet "Rencontres littéraires"

L’écrivain Nassur Attoumani était l’animateur du projet « RENCONTRES LITTERAIRES : CONFERENCES, ECHANGES ET ATELIERS D’ECRITURE » qui s’est déroulé du 4 au 22 septembre. Ce projet, porté par l’Association des Bibliothécaires des Comores (ABC), et cofinancé par l’Ambassade de France au travers du Programme Franco-Comorien de Codéveloppement (PFCC), était destiné à former les animateurs du réseau ABC aux différentes techniques d’écriture, et de soutenir le développement de la littérature comorienne. Il a permis d’organiser des ateliers et des conférences sur les trois îles en Grande-Comore, à Anjouan et à Mohéli.

Nassur Attoumani a accepté de participer à une interview pour nous parler de ce projet.

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L’écrivain Mahorais Nassur Attoumani, formateur du projet "Rencontres littéraires" © Service de Presse de l’Ambassade de France aux Comores

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Nassur Attoumani . Je viens de Mayotte. Et je suis un ancien professeur de français et d’anglais à la retraite depuis cette année. Je viens également de sortir mon 16ème recueil de poésie qui s’intitule Requiem pour un nègre aux éditions Ngo.

Vous venez de participer au projet de rencontres littéraires porté par l’Association des Bibliothécaires des Comores (ABC) et co-financé par l’Ambassade de France au travers du Programme Franco Comorien de Codéveloppement (PFCC). Pouvez-vous nous parler de l’origine de ce projet ?

J’ai été contacté par Riama Moussa, la présidente de l’Association des Bibliothécaires des Comores. On se connaissait au travers du projet des « Franco jeunes », un festival qui regroupe des jeunes de Madagascar, de Zanzibar, de Mayotte et des Comores. Chaque année nous regroupons une cinquantaine de jeunes qui ont un amour commun de la littérature. Nous les initions à l’écriture et nous les amenons à s’améliorer.
C’est dans ce cadre que Riama m’a contacté et m’a dit que l’ABC était en train de monter un projet d’écriture aux Comores et qu’ils aimeraient que je vienne animer les ateliers en tant que spécialiste. J’ai donné mon aval, et ça s’est concrétisé. Je suis venu aux Comores le 4 septembre. J’ai fait une semaine en Grande-Comore, une semaine à Anjouan et 4 jours à Mohéli.
Les ateliers se sont déroulés dans le circuit des Alliance Française à Moroni, Mitsamiouli et Fomboni.

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Riama Moussa, présidente de l’Association des Bibliothèques des Comores, Nassur Attoumani, et Marie Hérissé du Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France, lors de l’une des séances de l’atelier d’écriture à l’Alliance Française de Moroni. © Service de Presse de l’Ambassade de France aux Comores

Quels étaient les objectifs du projet ?

L’objectif premier c’était d’aider les stagiaires à améliorer leur style, et leur donner une ouverture d’écriture. La plus part d’entre eux n’écrivaient que de la poésie. Avec la poésie, on peut se contenter d’écrire un poème d’une ou deux pages. Le théâtre est aussi un autre style car on raconte une histoire, mais uniquement sous forme de dialogues. Donc nous avons choisi de centrer les ateliers sur l’écriture de nouvelles et de romans. Il s’agissait d’arriver à les motiver et les concentrer uniquement sur l’écriture romanesque.

Pouvez-vous nous dresser un bilan des ateliers de formation ?

Les participants ont été extrêmement réceptifs.. Les ateliers avaient lieu de 08H30 à 12H30 le matin, et pendant une heure et demie l’après-midi. Nous avons tout d’abord vu les différentes étapes d’écritures, puis les différents plans, les différentes formes de description, et enfin le récit lui-même.

Quand nous avons fini les ateliers, nous avons commencé l’écriture. II y avait des rendus d’ateliers qui se sont fait de la façon la plus simple du monde. Je donnais toujours un point de départ ou un thème à partir duquel ils devaient construire une histoire.

A Mohéli par exemple, toutes les nouvelles devaient commencer en l’an 3015. A Mohéli et à Anjouan, l’objectif était de raconter une histoire qui fasse rire aux éclats. A Moroni on a surtout travaillé sur le dramatique.

Nous avons travaillé à partir d’une correction collective. Chacun lisait son texte et, en comparaison des éléments vus durant les ateliers, on regardait ce qui avait été respecté ou non et comment l’améliorer.

Ce sont les élèves qui ont jugés et sélectionnés les textes qui ont été lu durant les rendus.

Quels types de projets souhaiteriez-vous voir se concrétiser pour donner suite à cette formation ?

Parmi les stagiaires, il y avait beaucoup de collégiens et de lycéens, mais aussi quelques universitaires qui ne s’étaient jamais mis à l’écriture. Et ils ont plongé en plein dedans. Ce qui serait super pour eux, pour qu’ils puissent voir que leur travail a porté ses fruits, c’est d’arriver à sortir un recueil commun des ateliers. Nous allons essayer de trouver un éditeur pour réaliser cela.

Le projet comportait également des conférences. Pouvez –vous nous en parler ?

Ces conférences-débats portaient sur un point bien particulier : les causes de l’apparition extrêmement tardive de l’écrivain Comorien. A Madagascar et à la Réunion on écrivait déjà au XIXème siècle. Aux Antilles René Maran a gagné le prix Goncourt pour Batouala en 1921. C’est parce qu’aux Antilles, par exemple, le lycée a ouvert ses portes dans les années 1880. Alors que quand les Comores ont obtenu leur indépendance en 1975, il n’y avait aucune librairie, il n’y avait pas de journaux, et l’écriture francographe elle-même n’existait pas. Il a fallu attendre 1985 pour voir la sortie de «  La République des imberbes » de Mohammed Toihiri. Et à Mayotte, qui est Française depuis 1841, l’école n’est devenue obligatoire qu’en 1992. Voilà toutes les raisons qui ont fait que nous n’avons pas eu d’écrivains très tôt.

C’était important que les stagiaires se rendent compte de la chance qu’ils ont de pouvoir participer à ces formations, mais aussi qu’il y ait désormais un lectorat déjà en place aux Comores. C’est maintenant à eux de pénétrer ce réseau et de devenir les maillons de la littérature Comorienne.

Que souhaiteriez-vous pour l’avenir de la littérature Comorienne ?

Je souhaite que la littérature Comorienne se développe au niveau international. Nous avons déjà de plus en plus d’écrivains qui ont une profondeur d’écriture et qui sont reconnus dans la région et en métropole. Ce qu’il nous manque c’est la visibilité. Si par exemple les doctorants commençaient à réaliser leur thèse sur des ouvrages écrits par des auteurs de l’archipel, cette visibilité sera plus importance. C’est ce dont nous avons besoin aujourd’hui.

Un mot pour la fin ?

Je souhaite remercier tout particulièrement tous ceux qui ont contribué à ma venue aux Comores, et qui ont mis en place ces ateliers d’écriture, J’ai déjà des propositions pour réaliser de nouveaux ateliers. Je reviendrais donc surement bientôt.

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L’écrivain Nassur Attoumani, accompagné de Riama Moussa, directrice de l’association ABC, Sikina Mirza du Programme Franco-Comorien de Codéveloppement, et Alexis Maclet, attaché de coopération de l’Ambassade de France, lors de la restitution du projet "Rencontres litérraires". © Service de Presse de l’Ambassade de France aux Comores

Dernière modification : 28/09/2016

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