« Le manioc, 4e plante alimentaire du monde »

Trois questions à Claude Fauquet « Le manioc, 4e plante alimentaire du monde »

Directeur du Partenariat Global du Manioc pour le XXIe siècle
(GCP21) consacré à l’amélioration de cette plante alimentaire dans
le monde. Ancien chercheur de l’IRD, Claude Fauquet vient d’en
présenter l’action à la communauté scientifique de Montpellier.

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Sciences au Sud : En quoi le manioc représente-t-il un enjeu de sécurité alimentaire ?

Claude Fauquet : Le manioc, plante à tubercules (1), nourrit actuellement 800 millions de personnes dans plus de 105 pays dans le monde. La production mondiale actuelle est d’environ 240 millions de tonnes par an et ce chiffre pourrait atteindre 475 millions de tonnes en 2050. C’est la 4e plante alimentaire derrière le maïs, le
blé et le riz dans les pays en développement. Elle est particulièrement importante pour l’Afrique où elle représente la principale production vivrière et l’aliment de base pour les populations. Cette plante se cultive facilement par bouturage, résiste naturellement à la sécheresse et sera capable de s’accommoder des fortes
augmentations de température et des concentrations en CO2 atmosphérique annoncées par les experts en climatologie.

SAS : Quelles menaces pèsent sur cette ressource ?

C. F. : Malgré ses capacités hors normes, le manioc fait déjà face à des attaques virales et bactériennes ainsi qu’à des insectes qui occasionnent des dégâts directs dans les champs. Les maladies virales sont propagées par des mouches blanches. Quand la température s’élève, les populations d’insectes croissent et leur impact
augmente en conséquence. Par ailleurs, le manioc est propagé par bouturage des tiges, qui contribue à l’expansion des maladies. Deux virus en particulier sont à l’origine d’importants dégâts dans les récoltes : celui qui cause la mosaïque africaine et celui qui provoque la striure brune. À elles deux, ces pathologies entraînent des pertes très importantes de tubercules. La situation pourrait encore s’aggraver en réaction au réchauffement global qui favorise l’explosion démographique des insectes vecteurs. Le cas du Nigeria est particulièrement préoccupant, où plus de cent millions de personnes dépendent du manioc. Si la striure brune du manioc, pour le moment restreinte à l’Afrique de l’Est, atteignait ce pays, ce serait sans aucun doute une catastrophe sans précédent en Afrique. Compte tenu
de ces données, le manioc est à la fois synonyme d’espoir et une bombe à retardement !

SAS : Quelles solutions peut fournir la recherche ?

C. F. : Développeurs et scientifiques se sont emparé de la question. Un groupe d’experts animé par le GCP21 s’est réuni récemment à Bellagio (Italie) pour mettre au point un plan d’attaque global. Une alliance mondiale associant scientifiques, développeurs et donateurs a été créée pour répondre à ce défi et une feuille de route définie. Celle-ci comporte trois activités essentielles. D’une part, la mise en
place d’un système centralisé de surveillance et d’alerte sur la propagation des maladies virales en Afrique et dans le monde. D’autre part, le développement d’un système de production de boutures saines à travers une filière impliquant les secteurs public et privé ainsi que les communautés agricoles. Enfin, des activités de recherche portant principalement sur la mise au point de variétés de manioc
résistantes aux deux maladies virales et à leur vecteur. ●

(1) Partie souterraine consommée, organe de réserve de la plante.

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Source : Sciences au Sud, le journal de l’IRD n°70, 3ème trimestre 2013, p. 13.

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Dernière modification : 23/09/2013

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