Le portait de la Femme du mois – Camille Meyer, Humanitaire

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Bonjour Madame Camille Meyer, tout d’abord merci de nous accorder cet entretien. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous expliquer votre parcours ?

Je suis née le 11 avril 1988 à Toulon en France. J’ai passé une grande partie de mon enfance et de mon adolescence près de Bordeaux. J’ai étudié cinq années le droit en France dont une année à l’étranger en Bulgarie dans le cadre d’un échange ERASMUS. J’ai achevé mon cursus universitaire par une formation spécialisée en gestion de projets humanitaires dispensée conjointement par l’Institut des relations internationales et stratégiques et l’institut Bioforce de Paris.

Pendant toutes ces années, j’en ai profité pour voyager en Europe de l’Est, en Amérique latine et au Cambodge. Ce dernier séjour en Asie du Sud-Est a été mon moteur pour devenir humanitaire. Le voyage est indispensable dans ma vie, il me permet de grandir et de comprendre en partie ce monde qui m’entoure.

En tant qu’humanitaire, j’ai débuté ma carrière professionnelle au Secours Catholique-Caritas France où j’ai appuyé le suivi des partenariats à Madagascar et aux Comores. J’ai ensuite travaillé quelques temps au pôle Afrique chez Médecins du Monde à Paris où je m’occupais de divers projets notamment au Sahel, en Tanzanie et au Kenya. Je suis revenue depuis janvier 2015 dans le réseau Caritas et plus précisément à la Caritas Comores qui entretient un fort partenariat avec le Secours Catholique. J’ai toujours travaillé sur des projets relatifs à la santé (nutrition, VIH/SIDA, réduction des risques, santé sexuelle et reproductive…).

Quels sont les 3 mots qui vous caractérisent le mieux ?
- Tolérance
- Ténacité
- Sensibilité

Vous êtes volontaire au centre de santé Caritas à Moroni depuis quelques mois, quelle est votre mission ?

Je suis assistante technique en charge du suivi des projets et des partenariats. J’aide la Caritas à renforcer ses capacités pour répondre aux exigences des bailleurs de fonds tout en sachant affirmer sa vision et son expérience. J’appuie également la Caritas pour élaborer une réelle stratégie de communication. Au final, je suis un petit coup de pouce qui permet à la Caritas Comores de devenir plus forte et autonome afin d’améliorer les offres de soins dispensés en particulier aux populations les plus démunies des Comores.

Comment s’est passée votre intégration aux Comores ? Quelles ont été les difficultés que vous avez rencontrées ?

Pour moi, les Comores sont le pays qui m’a le plus bousculé dans mes repères d’Occidentale. Il faut s’adapter à de si nombreuses choses : les conditions de vie quotidienne (manque d’eau, rupture d’électricité, absence de connexion internet), la culture, la religion, le rythme de vie et même la nourriture. Mais je crois qu’il n’y a rien de plus enrichissant que d’être confrontée à de telles différences voire d’oppositions. C’est difficile au début car ce n’est pas comme « chez nous ». Puis à un moment, il faut vivre l’expérience et arrêter de comparer. J’ajouterai que mon intégration a été facilitée par l’accueil chaleureux des Comoriens et aussi par mon petit groupe d’amis qui me soutient énormément.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le centre de santé Caritas ? Quelles sont ses ambitions ?

La Caritas Comores évolue énormément depuis la fin des années 2000. Nous avons reçu un fonds important de la part de l’Agence Française de Développement dans le cadre du programme PASCO. Ce projet a été un moteur important et il nous a amené à renforcer et élargir nos activités. Cela a été également l’occasion de développer notre cadre institutionnel et organisationnel ainsi, que de revoir toutes nos procédures en matière logistique et de ressources humaines.

La Caritas bénéficie d’une belle réputation et la qualité de son travail est reconnue par de nombreux partenaires techniques et financiers qui continuent de nous accompagner. Je pense sincèrement que c’est une belle structure qui doit aller de l’avant. Notre but est tout d’abord de consolider nos activités déjà mises en place et ensuite d’élargir nos offres dans le domaine de la santé (santé mère-enfant, radiologie, stomatologie, kinésithérapie…) tout en se souciant de les rendre accessibles aux populations. Il faut aussi ajouter que la Caritas souhaite développer les activités qu’elle mène dans le secteur de l’autopromotion féminine.

Selon vous, quelle seraient les initiatives à mettre en place pour une meilleure qualité de la santé aux Comores ?

Tout d’abord, la coordination entre les différents acteurs et une implication sans faille de leur part. Nous devons travailler ensemble : les autorités publiques, les organisations de la société civile, les partenaires financiers et techniques, les agences onusiennes et les communautés. Nous devons encore plus dialoguer et agir main dans la main.

Ensuite, il faut tout de même remarquer que le secteur de la santé aux Comores a progressé ces dernières années. Par exemple, la part du budget de l’Etat accordée à la santé augmente progressivement. Des investissements importants ont été réalisés. A présent, il faut concrétiser tout cela et assurer un meilleur suivi des fonds.

Enfin, et sûrement le plus essentiel, la santé regroupe plusieurs domaines. Dans le combat pour l’amélioration de la qualité de la santé aux Comores, il est indispensable d’avoir une approche globale. Pour être plus clair, agir sur la santé c’est agir sur la prise en charge médicale mais également sur l’alimentation, l’eau, l’hygiène, l’assainissement, l’environnement, l’énergie ou encore l’éducation. Aucune solution efficace et pérenne ne pourra être trouvée si tous ces aspects ne sont pas considérés. C’est une vision qui se met en place petit à petit dans le pays.

Le fait que vous soyez une femme a-t-il eu une incidence sur votre carrière professionnelle ? Quelle est votre perception de la parité hommes-femmes ?

Le secteur de l’humanitaire a souvent compté plus d’hommes que de femmes, la tendance s’est inversée depuis quelques années. J’ai la chance d’évoluer dans un univers professionnel où les femmes se sont déjà battues même s’il reste beaucoup à faire. La reconnaissance des compétences des femmes aux Comores est encore timide et ce n’est pas toujours facile de se faire entendre.

Sans faire de distinction entre pays, je pense que le monde a encore de grands progrès à faire de manière générale pour la parité hommes-femmes mais je reste optimiste quant à la bonne évolution des choses. De plus, je suis convaincue que l’accès à l’éducation pour toutes les filles est la clé de leur émancipation.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes Comoriennes ou Françaises qui aimeraient devenir volontaire comme vous ?

Foncez ! Il y a tant à découvrir et tant à faire. Laissez tomber quelques temps vos repères et apprenez à vivre autrement en ayant toujours un immense respect pour ce qui vous est différent. Nous vivons dans un monde où tout parait accessible mais où si peu est compris et respecté. Enfin sachez que vous avez beaucoup à apporter et énormément à recevoir des autres cultures.

Quels sont vos prochains défis professionnels et personnels ?

Mon défi professionnel actuel est d’atteindre tous les objectifs que je me suis fixée pour cette mission. L’idée est d’appuyer la Caritas sur du court terme afin que ce soit ensuite les Comoriens qui prennent les rênes !

Ensuite, j’ai encore envie et besoin d’expériences à l’étranger notamment dans des pays où les contextes politiques et environnementaux sont complexes. Il s’agira de mon prochain défi après les Comores.

Sur le plan plus personnel, j’exerce un métier où décidément il est plus que compliqué de concilier sa vie de couple et sa vie professionnelle. C’est un défi constant que je compte bien un jour réussir !

Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?

Que mon travail à la Caritas soit utile et que ma mission dans ce pays continue d’être aussi riche et passionnante.

Merci beaucoup pour le temps que vous nous avez accordé, nous vous souhaitons une bonne continuation et une bonne réussite dans vos projets aussi bien personnels que professionnels.

Dernière modification : 27/05/2015

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