Le portrait de la Femme du mois

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Bonjour Mme Dhilkamal Doulfat, tout d’abord, merci de nous accorder cet entretien. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous décrire votre parcours ?

Je m’appelle Doulfat Kamil épouse Dilkhamal. J’ai quatre enfants. J’ai passé mon Bac en France ainsi qu’une licence de mathématiques à Paris 7. Je suis ensuite revenue aux Comores pour y travailler car on manquait d’enseignants. J’enseignais les mathématiques au lycée de Mustamudu, à Anjouan.

Parallèlement, j’étais et je suis toujours très engagée pour la femme. J’ai donc milité dans des associations et, dans les années 1990, j’ai participé à la conférence internationale sur la décennie de la femme à Nairobi. Je militais aussi pour le développement communautaire. J’ai donc été désignée pour participer à la mise en place du Fonds d’Appui au Développement des Comores (FADC) en 1994. J’ai quitté l’enseignement, en 1994, quand nous l’avons mis en place et j’ai alors commencé à travailler au FADC à Anjouan. En 2009, je suis devenue directrice nationale du FADC. Je suis aussi membre fondateur de l’Association Comorienne pour le Bien-Etre Familial (ASCOBEF).

Quels sont les trois mots qui vous caractérisent le mieux ?

L’humanisme, la rigueur et l’honnêteté.

Vous êtes, depuis 2009 Directrice nationale du Fonds d’Appui au Développement Communautaire (FADC) des Comores pouvez-vous nous en parler un peu plus ?

C’est une organisation créée par le gouvernement comorien pour canaliser des fonds vers les communautés les plus démunies, souvent oubliées et enclavées. Nous appuyons les communautés villageoises à prendre en charge leur développement par la mise en place d’actions communautaires, par le financement d’infrastructures de base, et, depuis 2009, par la mise en place de la protection sociale. Nous intervenons sur les trois îles et nous distribuons l’argent selon le degré de pauvreté, les infrastructures de base, etc.

Les principales institutions nous soutiennent sont la Banque Mondiale, le Gouvernement comorien, le Japon et la France à travers l’Agence Française pour le Développement.

En février 2013, La France, à travers l’Agence Française de Développement, a octroyée 492 millions de francs comoriens au FADC, soit environ 1 million d’euros. Dans quels programmes de développement cet argent a-t-il été alloué ?

Cet argent a été alloué pour apporter un soutien aux ménages les plus démunis des villages pauvres. Nous les soutenons à travers les activités « Argent contre travail », nous créons des emplois à court terme. Ça permet aux ménages sans ressources d’avoir un petit revenu. Ça apporte aussi quelque chose au village car les activités sont des activités de reboisement ou de lutte contre l’érosion. L’argent que gagnent les familles est surtout utilisé pour la nourriture, pour l’inscription à l’école ou l’hospitalisation des enfants.

Que pensez-vous du développement actuel des Comores ?

Quoi qu’on en dise, les communautés, bien que pauvres, grâce au développement communautaire, commencent à avoir des compétences. Les infrastructures de base aussi se développent, tout comme la protection sociale. Elle permet d’avoir un plus pour que les populations. Les ménages pauvres peuvent, par exemple, inscrire leurs enfants à l’école. Ce n’est pas forcément visible mais, doucement, on progresse.
Il y a encore beaucoup de choses à faire pour ces communautés. La protection sociale va leur apporter beaucoup mais aussi au pays en général car les Comoriens, petit à petit, vont sortir de l’extrême pauvreté.

Comment arrivez-vous à gérer à la fois votre vie familiale et votre vie professionnelle ?

Ce n’est pas facile mais il faut du courage et il faut aimer les deux, son travail et sa famille. J’ai réussi à apporter ce qu’il fallait à ma famille, il faut être passionné par les deux !

Quelle est votre perception de la parité hommes-femmes aux Comores ? Comment se déroule votre travail au jour le jour avec les hommes ?

Je pense qu’aux Comores, nous les femmes, nous avons un avantage : à diplôme égal on a le même salaire.
Bien qu’étant dans un pays musulman, nous avons des facilités. Par exemple, j’ai rarement vu des cas où des femmes, après avoir accouché, sont rétrogradées dans leur travail. Ça ne se fait que très peu ici alors qu’à l’extérieur ça peut être courant. Il faut encore instaurer la parité sur les postes de responsabilité et surtout sur les postes de décision mais ça arrivera ! De façon générale, je n’ai jamais entendu des gens dénigrer la femme en tant que responsable. A la maison c’est possible, mais rarement au travail.

D’une façon générale, quel rôle, selon vous, les femmes doivent-elles aujourd’hui jouer pour le développement de leur pays ?

Les femmes jouent déjà un rôle important. Elles doivent continuer à bien travailler, à éviter le laxisme. Souvent, quand une femme fait une faute, on dit que c’est parce que c’est une femme.
Même sans être dans le milieu politique, le travail que nous faisons est important. On n’est pas obligé d’être ministre pour apporter quelque chose à la femme comorienne ou au développement du pays.

Pensez-vous qu’il y aura, un jour, une femme comorienne Présidente de l’Union des Comores ?

On en est encore loin, ça peut arriver mais il faut qu’on se batte, déjà, pour qu’une femme soit élue comme maire, conseillère ou députée. Il y a encore du chemin à faire !
Je suis convaincue que c’est une femme comorienne qui va développer ce pays. C’est une femme qui introduira la bonne gouvernance dans notre pays. C’est une femme qui va mettre fin à toute la mauvaise gestion. Un jour, il y aura une femme à la tête du pays et ce jour-là, ce sera un tournant.

Quels conseils donneriez-vous aujourd’hui aux jeunes Comoriens, hommes et femmes, qui souhaitent contribuer au développement de leur pays ?

Il ne faut pas se décourager. Les jeunes se découragent rapidement et il faut savoir que ce sont les jeunes qui vont transformer le pays, ils doivent tirer le pays vers les bonnes choses, leur travail va contribuer au développement des Comores. Tout le monde doit apporter sa pierre à la construction du pays.

Merci beaucoup pour le temps que vous nous avez accordé, nous vous souhaitons une bonne continuation et une bonne réussite dans vos projets aussi bien personnels que professionnels.

Dernière modification : 18/09/2014

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