Le portrait de la femme du mois

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Bonjour, pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous présenter vos responsabilités ?

Bonjour je m’appelle Wahidat Hassani, épouse Tadjiddine. Née le 15 décembre 1966 à Moroni, je suis mariée et j’ai quatre enfants : IKHWANE (15ans), AMANE (12ans) et des jumelles RAISSA et BATOUL (9ans).

Je travaille au Ministère de l’Éducation Nationale, de la Recherche, de la Culture et des Arts, chargé de la Jeunesse et des Sports en tant que Directrice Générale des Arts et de la Culture. Je suis également responsable du programme national des 14 Centres de Lecture et d’Animation Culturelle communément appelés CLAC et soutenu par l’OIF.


Quels sont les trois mots qui vous caractérisent le mieux ?

Plusieurs mots me caractérisent et par ordre de priorité : la franchise, la modestie et la générosité.

Vous avez suivi vos études supérieures en France, et soutenu un mémoire de DEA en 1991 à Aix en Provence sur « Les normes et les valeurs culturelles dans la détermination de la situation de la femme comorienne à Marseille ». Pourquoi aviez-vous choisi de travailler sur ce sujet ?

Après avoir obtenu mon baccalauréat de la série A4 en 1985, je suis partie en France suivre des études supérieures à l’Université de Provence (Académie d’Aix-Marseille). Je suis titulaire d’une maîtrise de sociologie et d’un DEA : « Développement et changement dans les modèles culturels »

Choisir de travailler sur ce sujet, c’est d’abord la continuité de ce que j’avais commencé en 1990 en soutenant un mémoire de maitrise sur : « l’Islam, facteur important dans l’affirmation de l’identité culturelle des comoriens à Marseille ».

Ensuite j’étais fascinée, à cette époque par les pratiques, les habitudes, le mode de vie et les comportements de la majorité de ces femmes dans la cité phocéenne, à 8.000km de leur pays natal qui étaient les mêmes que ceux de celles restées au pays.

Considérez-vous que la situation de la femme comorienne en France, et ses pratiques culturelles soient identiques aujourd’hui ?

Vous savez, après vingt ans, les choses ont évolué. D’ailleurs les jeunes de la 2ème génération et ceux de la 3ème génération n’ont pas les mêmes repères malgré la vivacité des pratiques culturelles dans les milieux comoriens de la diaspora. On constate qu’actuellement, beaucoup de femmes sont actives et entretiennent financièrement leurs foyers.

Vous êtes ensuite retournée dans votre pays natal, pour occuper un poste à responsabilité. Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours professionnel ?

Je suis rentrée définitivement aux Comores en 1991 pour servir mon pays et surtout, en tant qu’enfant unique, prendre soin de mon père très âgé à l’époque et qui avait beaucoup investi pour mon éducation, ma formation et ma réussite (Que la paix soit avec lui…).

Recrutée en 1992 au Ministère en charge de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, j’étais chargée de mettre en place le réseau national des Centres de Lecture et d’Animation Culturelle (CLAC) pour permettre à la population décentralisée d’avoir accès aux livres et aux moyens actuels d’information. J’assure toujours la gestion technique et administrative de ce programme ainsi que la formation et le recyclage des animateurs de l’ensemble du réseau en bibliothéconomie et en animation socioculturelle. Parallèlement à ces fonctions j’étais administrateur général du point d’accès des jeunes aux inforoutes de l’information (p@je Comores) à l’INJS. Ce programme, qui était financé en 2000 par l’OIF, a favorisé la formation de plusieurs jeunes comoriens en informatique et à l’utilisation de l’internet.
De 2005 à nos jours, je suis la Directrice Générale des Arts et de la Culture. J’ai été conseillère municipale à la mairie pilote de Moroni.


Le fait que vous soyez une femme a-t-il eu une incidence sur votre parcours ? Quelle est votre perception de la parité hommes-femmes aux Comores ?

Dans la société comorienne, être femme et occuper un poste de responsabilité technique mérite plus d’égards. Pour mieux s’affirmer, les femmes responsables de ce pays s’investissent beaucoup dans leur travail, au détriment même de la vie familiale. Durant mon parcours professionnel, je n’ai jamais rencontré d’obstacle ; en tant que femme, on me juge par le travail accompli et mes performances. Par rapport à ce concept de parité homme-femme, je dirai que chez nous, beaucoup de femmes sont instruites et occupent des postes techniques importants mais dans les sphères politiques, elles sont quasiment absentes. Est-ce qu’on peut vraiment parler de parité ?

En tant que Directrice générale de la culture, pourriez-vous nous donner votre propre définition de la culture ?

Je définis tout simplement la culture comme un tout. Elle est présente partout et fait partie intégrante de la vie de l’homme et de la société. Pas de développement, sans une prise en compte des aspects culturels.

Quelles sont, pour vous, les priorités de la politique culturelle aux Comores ?

Étant parmi les précurseurs de la politique nationale de la culture validée en 2008, je dirais que :

  • Primo : la priorité repose sur la mise à disposition de moyens humains et financiers conséquents au secteur culturel.
  • Secundo : valoriser les potentialités existantes aux Comores pour un meilleur développement durable.


Le mois dernier, de nombreuses festivités ont été organisées à l’occasion de la semaine de la francophonie. Que pensez-vous de l’avenir de la langue française aux Comores ?

Vous avez constaté que contrairement aux années passées, la semaine de la francophonie de 2013 aux Comores a été célébrée avec faste. Plusieurs structures, institutions nationales, insulaires et régionales ont organisé des activités de grande envergure qui ont drainé une participation importante de jeunes. Ces jeunes qui partagent avec toute la jeunesse francophone ce thème « le français est une chance auprès des jeunes ».


Selon vous, quels sont les principaux atouts culturels des CLAC financés par l’OIF, et dont vous êtes en charge ?

Le réseau national des Centres de Lecture et d’Animation Culturelle, mis en place aux Comores en 1994 et soutenu par l’OIF est constitué des 14 CLAC suivants :

  • CLAC d’Iconi
  • CLAC de Mitsoudjé
  • CLAC de Mvouni
  • CLAC de Mbéni
  • CLAC de Mitsamihouli
  • CLAC de Foumboumi
  • CLAC de Moya
  • CLAC de Mrémani
  • CLAC de Sima
  • CLAC d’Ouani
  • CLAC de Domoni
  • CLAC de Tsembehou
  • CLAC de Salamani-Fomboni
  • CLAC de Nioumachioi

Ces centres permettent à la population d’avoir accès aux livres, à l’audiovisuel et aux moyens actuels de l’information.
Les atouts majeurs sont :

  • l’amélioration du niveau scolaire avec un taux de réussite acceptable aux examens dans les localités bénéficiaires
  • le désenclavement et l’épanouissement culturel
  • la lutte contre le désœuvrement de la jeunesse

Quels conseils donneriez-vous aujourd’hui aux jeunes comoriens qui souhaitent contribuer au développement de leur pays ?

Je conseille aux jeunes filles et garçons de ce pays de tout faire pour acquérir une formation adéquate. Défendre et mettre en œuvre des projets de développement liés au besoin du pays et de la population.

Dernière modification : 08/04/2013

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