Le portrait de la femme du mois - Madame Hissane GUY

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Bonjour Mme GUY, tout d’abord merci de nous accorder cet entretien. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous décrire vos activités ?

Bonjour je m’appelle Hissane GUY née ALI, je suis mère de 4 filles et grand-mère. Je suis la fondatrice de Cadence Services créée en Juin 2003 ; j’ai commencé par les volets agence de voyages et la formation professionnelle spécifique dans le tourisme, et j’ai eu comme premier client l’hôtel le Moroni, pour encadrer son personnel pour une formation ciblée comme l’attitude commerciale… et depuis août 2010, j’ai mis en place CAD-ARTS, une galerie d’art et espace pour les artistes et artisans comoriens et venus d’ailleurs…

Qu’est ce qui vous a poussé à ouvrir ces différentes entreprises ?

C’est pour contribuer à mon humble niveau à la création d’emplois, à commencer par le mien ; le pays enregistre un taux de chômage inquiétant et on a une jeunesse qui dispose d’un potentiel énorme. Il faudra que les autorités compétentes travaillent très sérieusement si on ne veut pas assister à des événements graves comme en Tunisie, où c’est la question de l’emploi qui a été le déclencheur de cette tragédie sociale.

Comment en êtes-vous arrivée à vous intéresser à l’art ?

Comme j’aime à le dire, tout en restant réaliste, je suis une grande rêveuse, et il y a une personne qui s’en est rendu compte, ma mère qui disait que je faisais des plans de maison dans ma tête ! On a tous besoin de s’évader et d’échapper à la routine, et l’art m’a aidée à le faire souvent, sans prendre l’avion ou le bateau. L’envie de transformer une passion en profession, d’où la volonté d’accueillir les artistes et les artisans dans un même espace m’a aussi motivée. Cad-Arts a en fait répondu à un besoin qui se faisait cruellement sentir et c’est toujours le cas. L’art comorien souffre du manque d’intérêt et de reconnaissance. Et pourtant l’art fait partie intégrante de la culture, qui nous permet de savoir d’où on vient et qui nous sommes ! C’est pour cette raison qu’il faudra renforcer et encourager le tout nouveau centre CCAC.

Pouvez-vous nous parler un peu plus de vos activités au sein de l’Office National du Tourisme des Comores ?

C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, le tourisme ! ce que je suis aujourd’hui je le dois au tourisme. Les professionnels du tourisme ont, à une période bien vécu grâce à ce secteur. L’Office National du Tourisme a été mis en place suite à la loi sur le tourisme adoptée le 29 décembre 2011, et pour la première fois de l’histoire de notre pays, nous avons un dispositif, un outil pour favoriser les échanges entre le secteur public et le secteur privé, pour arriver une bonne adéquation de nos actions. Je suis fière d’être la première présidente de cette institution, mais en même temps je mesure le poids de cette responsabilité, car cette première équipe n’a pas droit à l’erreur. Nous devons laisser aux générations futures qui choisiront le tourisme, de solides bases car je suis persuadée que ce sont des lacunes relevant du cadre légal qui ont fait que les opérateurs que nous sommes aujourd’hui rencontrons beaucoup de difficultés pour faire avancer ce secteur porteur de richesses dans nos îles si belles !

Quelle est pour vous la perspective du développement du tourisme aux Comores ?

Dans les années 1980-1990 et jusqu’en 2001, on a eu des compagnies qui desservaient les Comores directement de l’Europe, Air France, Corsair, Emirates…Ces compagnies nous amenaient des touristes de partout, à commencer par le géant voisin l’Afrique du Sud, de France, d’Allemagne, d’Italie sans que les passagers soient trop fatigués. Actuellement, la meilleure offre pour un touriste souhaitant venir aux Comores est en moyenne de 13 à 14 heures de vol, à partir de l’Europe, alors vous imaginez ceux qui partent d’Amérique, de Chine ou d’Inde qui constituent les marchés émergeants ! la perspective, je dirais plutôt les perspectives sont nombreuses : renforcer les liens avec les iles de l’Océan Indien, afin qu’on saisisse les touristes qui viennent à Madagascar, Maurice, Réunion, Seychelles et leur proposer des produits spécifiques de notre région, d’où la concrétisation du label ILES VANILLE, capter les marchés chinois et indien ; selon les dernières estimations publiées, quatre cent millions de touristes chinois vont se déplacer en 2014 à travers le monde. Et des grands pays se préparent à les attirer et à les accueillir avec différentes facilités, par exemple la France va réduire le délai d’obtention de visa en 48 heures, et nous petits pays insulaires devons pouvoir faire la différence et proposer des produits attrayants et avec un cachet exceptionnel, tels que l’écotourisme, le tourisme de découverte, le tourisme culturel...

Comment faites vous personnellement pour arriver à concilier votre vie de famille et votre vie professionnelle ?

Je reconnais que ce n’est pas facile et le temps joue contre nous. Et personnellement je suis assez gâtée car mon mari me soutient beaucoup dans mes actions, même si des fois il se sent un peu délaissé, cependant il sait que nous sommes en train de bâtir un pays ; c’est un ancien diplomate qui a dû s’absenter souvent du pays, pour la reconnaissance des Comores auprès des institutions continentales et internationales. On philosophe et on se dit : à chacun son tour d’apporter sa pierre à la maison COMORES ; le plus important est le dialogue et la communication !

Est-ce que vous pensez qu’un jour il y aura une femme comorienne, présidente de l’Union des Comores ?

Moi je dis qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ! Excusez-moi d’utiliser ce franc-parler ! une femme comorienne présidente, c’est tout à fait faisable si nous nous basons sur les chiffres, statistiquement nous représentons 51 % de l’électorat comorien ; socialement, on rencontre de plus en plus des hommes qui reconnaissent nos compétences en gestion, il existera toujours des réfractaires c’est certain ! au point de vue religieux, on a connu un grand pays musulman à savoir le Pakistan qui a été dirigé par une femme Benazir Butho ; dans l’histoire vraie des Comores on a eu Mmadjamu la première femme à accéder au trône de Ntsoudjini, Mma Feda sultane de Mitsamiouli au XVIIIe siècle et la reine de Mohéli Djumbe Fatima. De plus, on est une société matriarcale et la femme a une bonne place, il suffit qu’on se batte pour récupérer la place qui était la nôtre dans le passé avec les armes du présent en présentant des propositions et des solutions modernes aux multiples problèmes socio-économiques actuels que connait les Comores, et ce, dans tous les domaines. Une enquête de Thomson-Reuters circule sur le net en ce moment, qui dit que les Comores occupent la première place dans le monde arabe concernant les droits de la femme ! C’est une bonne nouvelle, car à part le cratère du volcan Karthala on n’a pas encore occupé de première place allant dans le positif dans ce monde.

Quelles sont les difficultés qu’une femme active rencontre aujourd’hui aux Comores ? Pensez-vous qu’elle rencontre plus de difficultés qu’un homme ?

La reconnaissance au niveau de l’appareil de l’état ! sur la théorie, une femme comorienne n’aurait pas dû avoir plus de difficultés qu’un homme, d’autant plus que depuis plus de 10 ans on a un ministère pour la promotion du genre. Toutefois l’hypocrisie et les comportements récalcitrant sont toujours de mise et partout !

Si vous deviez donner quelques conseils aux jeunes Comoriens qui souhaitent marcher dans vos pas, que pourriez-vous leur conseiller ?

Nos jeunes rencontrent beaucoup de difficultés ; je les exhorte de ne jamais baisser les bras ; il faut qu’ils identifient leur potentiel et ne pas se perdre dans des orientations douteuses ; bien se former et s’informer, ne pas hésiter à relever les défis. Une chanson de Boule, artiste comorien, trottine toujours dans ma tête : « ce que tu estimes que c’est dur à réaliser, sera bénéfique » et en plus cette chanson parle de la contribution de chacun dans la société, qui a son équivalence par rapport à la célèbre phrase de John Kennedy : « qu’est ce que je peux faire pour mon pays, et pas seulement qu’est ce que le pays peut faire pour moi ! ».

Dernière question, quels sont les prochains combats qu’il vous reste à mener ?

La vie elle-même est un éternel combat ! personnellement je ne planifie pas à l’avance, et je n’ai pas établi un plan de carrière, j’agis au besoin des réalités qui s’imposent où j’estime pouvoir apporter une contribution efficace, humblement, mais toujours dans l’obligation morale de résultats concrets. En 2008, avec quelques femmes nous avons lancé les bases de la plateforme nationale des femmes entrepreneures EFOICOM ; actuellement, c’est devenu une organisation incontournable. Les deux prochaines années seront consacrées au tourisme, pour que les Comores redeviennent une destination touristique comme cela a été dans le passé sur la scène internationale, Inch Allah !

Merci beaucoup pour le temps que vous nous avez accordé, nous vous souhaitons une bonne continuation et une bonne réussite dans vos projets aussi bien personnels que professionnels, et nous espérons continuer de travailler avec vous.

Dernière modification : 25/11/2013

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