Portrait de la Femme du mois

Entretien avec Imany, chanteuse française d’origine comorienne.

Son album, “The shape of a broken heart”, 2011 propose 12 chansons en anglais "révélant une interprète à part entière, au timbre vocal original, d’une texture sensuelle où semblent se mélanger le corsé du gingembre et la douceur du miel. S’y dessine le portrait intime d’une femme libre, d’une affranchie, qui fait de chaque émotion une offrande, et le gage d’une intransigeante sincérité." www.imanymusic.com/

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© Barron Claiborne

Née de parents comoriens (d’un père d’Ipwani et d’une mère de Mvuni), mais ayant vécu votre enfance en France et votre jeunesse à New York, comment percevez-vous vos origines comoriennes ?

Je les perçois comme miennes. Je ne passe pas la journée à me demander qui je suis. Je le sais et mes origines comoriennes se lisent sur mon visage comme dans mon cœur et dans ma tête.

Votre nom de scène signifie « la foi » en Shikomori. Si ce choix se réfère initialement au prénom de la princesse dans le film « Un prince à New York » avec Eddy Murphy, pensez-vous, pour autant, que la spiritualité baigne votre musique ?

La spiritualité baigne ma vie même et j’espère que cela se ressent dans ma musique.

Le port du lesso lors des concerts, quête de traditions, ou pur accessoire de mode ?

C’est purement pratique et esthétique. Ca sauve des mauvais jours où vos cheveux ne veulent pas vous obéir...

Dans la chanson « Take Care », vous chantez en comorien, et votre père vous a aidé à écrire les paroles. Comment avez-vous vécu la réappropriation de ce patrimoine familial ?

Ce fût une belle aventure partagée avec mes deux parents, mes petites soeurs et petites nièces (qui chantent sur les refrains). Aujourd’hui c’est une chanson qui m’accompagne dans mes voyages.

Avec le succès que connait votre carrière musicale, notamment à l’international, pourriez-vous vous considérer comme une Ambassadrice des Comores à travers le monde ?

D’une certaine manière, je le suis par défaut. Je suis allée chanter dans des pays qui n’ont aucune idée de ce que sont les Comores et par la voie du chant, ils le découvrent et même le chante en choeur avec moi. Ce sont des moments émouvants...

Vous aviez invité l’artiste malienne Djéneba Koné à participer à votre premier album, envisagez-vous de collaborer avec des artistes comoriens pour vos prochains titres ?

Je travaille ardemment à l’élaboration d’un répertoire solide pour mon prochain album. Pour l’instant ces considérations sont prématurées. On verra bien !

Après votre tournée en Europe, à quand un concert sur la plage de Mitsamiouli ?

Ce n’est pas si simple, mais j’espère qu’on pourra le faire au bon moment.

Dans la très belle chanson « The Shape of a broken heart », éponyme de votre premier album, vous semblez donner de l’Afrique l’image d’un cœur brisé, en mal d’identité. Est-ce véritablement votre sentiment à l’égard du continent africain ?

Ca n’est pas vraiment une chanson sur le mal d’identité. C’est une chanson qui s’adresse à l’Afrique comme on parlerait à une femme trop fatiguée d’avoir à enterrer ses enfants trop tôt. Cela parle des jeunes au bord de la route qui attendent l’embarcation de fortune qui les mènera en Europe ou ailleurs. C’est plus sur la perte d’identité d’ailleurs...

Le chanteur Ivoirien Tiken Jah Fakoly, en concert le 19 janvier 2013 à Moroni, invite les jeunes africains à « se lever, car personne ne viendra changer l’Afrique à [leur] place ». Que vous inspire ce discours ?

Ca me parait logique. C’est un discours qui s’adresse à n’importe quel individu, pas juste les africains. Le changement passe par soi.


Vous défendez la cause des femmes et avez déjà témoigné de votre goût pour les créations de la styliste Sakina M’sa, connue pour travailler avec des femmes en difficulté professionnelle.
Seriez-vous prête à soutenir ce type d’initiatives aux Comores ?

Evidemment !

Quel rôle pensez-vous que les jeunes femmes, aux Comores et en Afrique doivent jouer pour le développement de leur pays ?

Je pense qu’elles doivent continuer à porter la société comme elles l’ont toujours fait tout en avançant dans leur époque. Il faut s’éduquer ne serait-ce que pour donner l’exemple. Il faut oser rêver et réaliser ses rêves. Les femmes aux Comores dirigent la famille et elles ont plus de pouvoir que n’importe qui. Il faut juste en prendre conscience !

Dernière modification : 08/01/2013

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