"Portrait de la Femme du mois"

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Bonjour, pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous expliquer votre parcours ?

Mon nom est Intissam Dahilou. Je suis née le 13 octobre 1990 dans le village de Tsembehou à Anjouan (Comores). Après avoir eu mon BAC en 2009, mes parents m’ont envoyé sur l’ile de la Grande-Comore pour poursuivre mes études universitaires. Mon souhait fut d’entrer au département des lettres françaises de l’université des Comores. L’administration en décida autrement et m’orienta vers le département d’histoire : selon eux, j’avais une moyenne supérieure dans cette matière. En 2012, avant d’obtenir ma licence, j’ai rencontré le groupe « Art de la plume » qui recherchait des passionnés de poésie et de théâtre. C’est alors que j’ai découvert l’univers du slam et que l’art m’a complètement envahi. Depuis, j’ai eu la chance de participer à différents spectacles et formations dans le domaine de l’art qui m’ont permis de voir son importance et de le choisir comme métier.

Quels sont les 3 mots qui vous caractérisent le mieux ?

Jusqu’alors je ne m’étais jamais posée la question. J’ai mon caractère personnel mais, je dirai plutôt : la douceur, le calme et la force. Je pense que ces 3 mots me correspondent. Sans eux, je ne serai peut-être pas ce que je suis aujourd’hui.

Comment la rencontre s’est faite avec le « slam » ?

Je ne connaissais pas le slam avant. Durant mon adolescence, j’aimais plutôt la poésie classique, surtout lorsqu’elle évoquait l’amour. J’écrivais tellement de textes poétiques que mes amis me demandaient toujours de leur écrire pour leurs petits copains. Pour moi, c’était surtout pour le plaisir et l’envie.
A mes 18 ans, je ne savais pas trop ce que je voulais. J’ai donc cessé d’écrire. C’est en 2011 que j’ai repris l’écriture. C’était plutôt pour me libérer de mes angoisses et de mes douleurs. C’est à la suite d’un atelier d’écriture que nous avons eu avec Salim Hatubou dans les locaux de l’Alliance franco-comorienne que je me suis décidé d’écrire pour publier. J’ai donc écris deux recueils, l’un qui parlait d’« amour » et l’autre de « patrie ». Malheureusement, aucun des écrivains comoriens que j’ai rencontrés n’a pu m’aider. Désespérée, j’ai abandonné une nouvelle fois l’écriture.

C’est en troisième année, avant d’obtenir ma licence que j’ai fait la connaissance du groupe « Art de la plume » grâce à un communiqué. Ce dernier voulait recruter des passionnés de théâtre et de poésie en slam. C’est là que j’ai découvert le slam, une forme de poésie mais rien à voir avec le classique. Je me sens vraiment libre dans cette discipline, ce qui me permet de m’ouvrir au monde.

J’ai pu être en contact avec des slameurs, participer à des ateliers, des spectacles, des scènes libres qui m’ont permis d’apprécier encore plus le slam. J’en ai même oublié la poésie classique à un certain moment. Mais je n’oublie pas que c’est grâce à elle que je suis dans le slam. Et c’est surtout grâce à mon groupe que j’ai découvert son véritable sens. Au lieu de d’exposer mes textes sur un support, je les clame.

Envisagez-vous une carrière dans la musique ?

J’adore la musique. Depuis toute petite j’adore chanter, surtout pour le plaisir et non pour devenir une star. La musique m’a toujours permis de me sentir mieux, de m’inspirer et de calmer mes peines. Aujourd’hui, on me dit que j’ai une très jolie voix, que je pourrai devenir chanteuse si je le veux. J’adore chanter mais je ne désire pas devenir chanteuse. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que tout le monde chante et du coup, je veux faire quelque chose de différent. Il nous arrive de mélanger le slam et la musique dans notre groupe mais pour moi ce n’est pas de la musique, c’est juste un accompagnement pour capter le public sur nos textes. Par contre, on peut toujours se servir de la musique pour d’autres créations artistiques.

Votre présence scénique est incroyable, d’où vient cette énergie ?

La plupart du temps, quand on arrive à faire quelque chose, on n’en connaît pas l’origine. Tout ce que je sais, c’est que je crois toujours en ce que je fais. Je me dis toujours que si je n’y arrive pas à y croire, ça ne sert à rien d’essayer. Pour moi, monter sur scène devant un public, c’est sacré. Je pense que je tire cette énergie dans ma foi de faire les choses.

Vous êtes également comédienne, pouvez-vous nous parler de cet art et de vos projets pour l’avenir ?

Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours rêvé de devenir comédienne. Bon, c’était juste un rêve d’enfant passionné. Mais lorsque j’ai pris conscience de ce que je voulais faire dans ma vie, j’ai faits le choix de rendre mon rêve réel. Non seulement pour devenir célèbre mais pour réaliser une œuvre (art) qui a du sens. La comédie pour moi n’est pas seulement de monter sur scène et faire plaisir à un public. C’est un message profond, que nous comédiens, avons la chance de faire partager. Bien sûr, c’est à nous de choisir notre thème et son but.

Avant de réaliser mes projets d’avenir, je souhaite d’abord m’expérimenter dans ce domaine car je ne veux rien produire de mauvais. Actuellement, je travaille avec des metteurs en scène pour des projets prévus aux mois de décembre et janvier. Personnellement, je souhaite écrire mes propres pièces de théâtre et les mettre en scène. J’ai pensé combiner le slam avec le théâtre et la musique. Je veux faire quelque chose d’unique et d’original pour éveiller l’esprit des Comoriens à l’art et à la culture. Si jamais ça marche pour moi, je pourrai même envisager d’ouvrir une école de théâtre.

Est-il plus difficile pour une femme de percer dans le monde de la musique et du théâtre aux Comores ?

En tant que jeune fille comorienne, je confirme qu’il est très difficile de percer dans le milieu de l’art. Avec une société traditionnelle comme le nôtre, il est difficile pour nous de faire comprendre à nos familles les passions et les nécessités qui émanent de l’art. Pour les parents la musique et le théâtre sont perçus comme l’œuvre du diable. Pire encore, monter sur scène.

Je n’ignore pas le fait que l’art n’est pas beaucoup développé aux Comores. Pour les familles, c’est le fait que l’on vive misérablement qui leur fait peur. Donc une jeune fille qui se lance dans ce domaine, c’est un véritable calvaire. On est souvent obligé de se débrouiller seules et nombreuses sont celles qui abandonnent ou qui n’osent pas du tout se lancer.

Quels conseils donneriez-vous aujourd’hui aux jeunes comoriens, hommes et femmes, qui souhaitent se lancer dans l’art (chanson, théâtre, etc.) aux Comores ?

Tout d’abord, je souhaite vraiment que nous soyons nombreux à suivre cette voie pour le développement de l’art aux Comores. Je leur dirai d’y croire, de croire en ce qu’ils font, d’avoir des buts et de se battre jusqu’au bout. On a besoin des uns des autres pour avancer et réussir.

Dernière modification : 17/10/2013

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