Portrait de la Femme du mois

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Bonjour Madame Laila SAID HASSANE, tout d’abord merci de nous accorder cet entretien, pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous présenter vos responsabilités ?

Bonjour Monsieur Fourcade. Comme vous le savez, je m’appelle Laila Said Hassane, je suis franco-comorienne, issue de la ville de Mitsamiouli, dans le Nord de la Grande Comore. J’ai rejoins Meck-Moroni, le 1er juin 2013, en tant que Directrice Exécutive. Par ailleurs, je suis mère de 3 petits garçons.

En tant que DEX de Meck-Moroni, j’ai plusieurs responsabilités notamment :

- m’assurer que l’argent des mutualistes est géré conformément aux procédures édictées par la BCC ;

- définir et mettre en œuvre les projets nécessaires au développement harmonieux de Meck -Moroni ;

- améliorer les performances sociales et financières de mon établissement ;

- gérer mes équipes de sorte à ce qu’elles évoluent en améliorant les compétences techniques et managériales.

Quels sont les 3 mots qui vous caractérisent le mieux ?

Persévérance, tolérance, solidarité

Votre parcours professionnel est plutôt atypique, quelles en sont les grandes étapes, celles qui vous ont le plus marquées ?

J’ai fait toute ma carrière dans le secteur bancaire, au sein duquel j’ai eu la chance d’occuper différents postes.

En effet, j’ai débuté ma carrière, au sein de la Division banque/finance d’un cabinet de Conseil en Informatique, appelé Cap Gemini.
Puis j’ai intégré le Groupe Société Générale en 2001, au sein de la Direction Informatique et Technologies. En 2008, j’ai rejoint la Division Banque D’investissement de la SoGé, et j’ai pris la responsabilité du Back-office Actions, puis le Middle et le Back-office Obligataire.
J’ai quitté la Société Générale en Juin 2012, et j’ai pris une année sabbatique.

J’ai rejoins Meck-Moroni en juin 2013.

Vous avez été nommée en juin 2013 Directrice générale de la MECK-Moroni. Comment s’est passée votre nomination ?

En fait en quittant la Société Générale, j’avais, avec mon époux, le souhait de retourner aux Comores, mais sans projet précis. Par contre je ne souhaitais plus travailler dans la banque. Je voulais découvrir d’autres choses. C’est ainsi que j’ai passé près de 3 mois aux Comores au cours de l’été 2012. J’ai prospecté les autres secteurs notamment le tourisme et l’agriculture, mais je me suis heurté à la faiblesse de mes propres compétences, et l’étroitesse des opportunité pour les personnes isolées venant de la diaspora.

Par contre, je me suis rendue compte que le secteur bancaire local était prospère et pouvait proposer des opportunités intéressantes.
Par conséquent, lorsque j’ai appris que Meck-Moroni lançait un concours de recrutement pour un poste de directeur exécutif, j’ai pensé que j’avais une chance et que j’avais quelque chose à apporter.

Comment vivez-vous votre nouvelle fonction ?

Et bien, je la vis plutôt bien. Meck-Moroni est un bel établissement au sein duquel je pense pouvoir m’épanouir tout en étant capable d’apporter un autre regard sur la finance locale.

De quelles qualités doit-on disposer pour accéder à de hautes fonctions comme les vôtres ?

Je pense que les compétences qui me sont le plus utiles, sont mes compétences managériales, c’est à dire la capacité à réunir mes équipes et au-delà la, d’autres acteurs de la place de Moroni, autour d’objectifs précis et partagés.

Après, les compétences techniques permettent de rapidement bénéficier de la reconnaissance et de la confiance des pairs.

Comment faites-vous pour concilier toutes vos activités professionnelles avec votre vie de famille ou votre vie privée ?

Cela n’est pas toujours simple car mes fonctions impliquent aussi beaucoup d’engagement en dehors des heures de bureau. Mais il faut reconnaitre que c’est plus facile qu’en France où la quantité de travail exigée est plus importante. Donc j’arrive à gérer.
Cependant j’essaie de m’imposer quelques règles par exemple, ne pas rester au bureau au delà de 16h30 et je m’efforce aussi de déléguer de temps en temps les sollicitations externes.

Le fait que vous soyez une femme a-t-il eu une incidence sur votre parcours ? Quelle est votre perception de la parité hommes-femmes aux Comores ?

En fait, j’ai souvent évolué dans des environnements professionnels dominés par les hommes. Et pourtant que ce soit en France ou ici aux Comores, le fait que je sois une femme ne m’a pas semblé être un handicap. Et pour être totalement franche, je pense que dans certaines situations cela a même été un atout. En fait, ce n’est pas tant d’être cadre dirigeant qui est compliquée, car je pense qu’avec un bon niveau d’études et bonne capacité de travail, nous sommes tous capables d’arriver à des hautes fonctions. La difficulté, c’est surtout d’être cadre dirigeant tout en restant mère et épouse avec tout ce que cela implique. Et cette complexité est une réalité que l’on soit en France ou aux Comores.

Pour ce qui est de la parité hommes-femmes aux Comores, je trouve que les choses ont bien évolué, notamment dans le secteur privé et dans le domaine économique. Je trouve, par contre, que les femmes ne sont pas suffisamment présentes dans le domaine politique. Pas forcément dans les plus hautes fonctions, mais au niveau des directions de cabinet et des secrétariats généraux ou je pense elles peuvent apporter de la rigueur, de la fluidité et de la cohésion.

Dans les couches sociales plus populaires ou dans les campagnes, cette parité est moins évidente. En effet, là, la prédominance des hommes me semble plus forte et aussi plus primaire. Les travaux ménagers et des champs reviennent plus naturellement aux filles ce qui continue à peser sur leur capacité à réussir leurs études et donc à s’affranchir de la pauvreté. L’éducation des enfants et les tracas de la vie quotidienne reposent beaucoup plus sur la femme ce qui l’empêche de participer à la vie de la cité. Enfin la force des rituels issus du grand mariage et de la religion limite la mixité sociale et relègue souvent les femmes à des positions secondaires ou à de la figuration.

Dernière question, si vous deviez donner quelques conseils aux jeunes Comoriens qui souhaitent marcher dans vos pas, que pourriez-vous leur conseiller ?

Je pense que le travail est la clé de la réussite. Que ce soit à l’école ou dans le monde professionnel, je pense qu’un travail régulier permet de s’épanouir et de s’affirmer. De plus, le travail permet d’acquérir une expérience et une expertise qui sont souvent synonymes de confiance en soi. Après je pense qu’il est important de rester attentif aux opportunités qui se présentent. Et pour cela, il est essentiel de se tenir informé, de suivre les grands débats sociaux, de s’intéresser au monde qui nous entoure en allant vers les autres. Enfin, il faut savoir écouter son cœur, même si cela peut parfois être synonyme de prise de risque. Lorsque j’ai quitté la SoGé je n’avais aucune raison objective : j’avais un position privilégiée dans un grand groupe international, mais au fond de moi j’avais envie de m’arrêter et de prendre une nouvel élan. J’ai écouté mon cœur et pour l’instant je ne suis pas déçue.

Merci beaucoup pour le temps que vous nous avez accordé, nous vous souhaitons une bonne continuation et une bonne réussite dans vos projets aussi bien personnels que professionnels, et nous espérons continuer de travailler avec vous.

Dernière modification : 13/01/2014

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