Position officielle de la France

L’ambassade de France auprès de l’Union des Comores vous prie de trouver ci-dessous, outre le communiqué du Premier ministre, le texte de l’entretien accordé ce matin, mercredi 19 septembre, par le Ministre à France Info ("Matinale" de 8h15) ainsi que les éléments du point de presse du porte-parole de ce jour relatifs au film islamophobe et à l’édition de "Charlie Hebdo" parue ce mercredi.

1) Communiqué du Premier ministre (18 septembre) :
Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, rappelle que la liberté d’expression constitue l’un des principes fondamentaux de notre République. Cette liberté s’exerce dans le cadre de la loi et sous le contrôle des tribunaux, dès lors qu’ils sont saisis.
Il rappelle également le principe de laïcité qui est, avec les valeurs de tolérance et de respect des convictions religieuses, au cœur de notre pacte républicain.
Et c’est pourquoi, dans le contexte actuel, le Premier ministre tient à affirmer sa désapprobation face à tout excès. Il en appelle à l’esprit de responsabilité de chacun.

2) Entretien du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, avec « France Info » (Paris, 19 septembre 2012) :

  • Q - Évidemment les questions qui touchent au monde arabe. On a vu qu’il y avait des caricatures qui étaient sorties dans Charlie Hebdo, caricatures dont le CFCM dit ce matin que c’est un acte islamophobe. Est-on dans la surenchère aujourd’hui ?
  • R - J’étais hier, vous le savez, en Égypte pour rencontrer le président Morsi et toute une série de responsables. J’ai rencontré aussi, c’était fort intéressant, le grand Imam de l’université Al Azhar qui a donc une influence importante et très reconnue dans le monde musulman. On a parlé de tout cela.
  • Revenons en France un instant. En France, vous le savez, le principe c’est la liberté d’expression. Il ne faut pas porter atteinte à ce principe. S’il y a une atteinte portée à ce principe, il est possible pour une association, pour une personne, de porter plainte devant les tribunaux et c’est aux tribunaux de juger. Voilà le droit et il n’est pas question de revenir sur ce droit. Maintenant le contexte, c’est celui que vous avez dit : il y a, compte tenu du film complètement imbécile, la vidéo absurde qui a été diffusée, une émotion et même plus qu’une émotion dans beaucoup de pays musulmans…
  • Q - Et cela continue de poser des problèmes, y compris en France, puisqu’il y a une manifestation prévue et qui va visiblement être interdite.
  • R - Oui, bien sûr. Est-ce pertinent et intelligent dans ce cadre-là - nous en parlions juste avant de venir - de mettre un peu d’huile sur le feu ? La réponse est non. Mais nous ne voulons pas non plus dire à ces gens : « nous portons atteinte à la liberté d’expression ». Si vous voulez, il y a un équilibre à trouver. Je suis évidemment très préoccupé parce que je suis le chef de la diplomatie. Quand j’ai vu cela, j’ai évidemment envoyé des instructions pour que, dans tous les pays où cela peut poser des problèmes, on prenne des précautions de sécurité particulières. Il faut faire attention à tout cela, il faut être responsable.
  • Q - Justement, avez-vous le sentiment aujourd’hui que ce qui se passe, ce qui est en train de se passer dans le monde arabe, est le reflet d’une montée en puissance des salafistes où d’un islam beaucoup plus radical ?
  • R - Je ne crois pas. Je crois qu’il y a - et là, je ne parle pas du tout de Charlie Hebdo, je parle de l’histoire de la vidéo et, par ailleurs, de la présence des salafistes - une espèce d’alliance objective des extrêmes. C’est-à-dire que vous avez d’un côté, dans tel ou tel pays - là, en l’occurrence, c’étaient les États-Unis, mais le gouvernement américain n’y est pour rien -, des gens - appelons-les pour être simple d’extrême-droite - qui considèrent que tous les musulmans sont des islamistes, des terroristes, ce qui est absurde et mensonger. Et, de l’autre côté, vous avez des extrémistes salafistes qui, eux, veulent faire croire que dans les pays occidentaux tout le monde est contre l’islam, ce qui est également absurde. En fait, ils s’épaulent un petit peu les uns les autres.
  • Ce qu’il faut, c’est que les gens raisonnables partout, et c’est l’immense majorité, disent : « L’islam, ce n’est pas du tout cela. L’islam est une religion paisible, pacifique et, dans les pays occidentaux, l’immense majorité ne représente pas du tout la caricature qui se trouve dans le film vidéo ». Il faut donc refuser l’amalgame.(...)

3) Point de presse du porte-parole (Paris, 19 septembre 2012) :

  • Q - Bonjour. La France pourrait-elle envisager de bloquer l’accès au film "Innocence of Muslims" sur le Web ou d’en interdire la projection publique, comme l’envisage l’Allemagne ?
  • R - Comme l’a rappelé Laurent Fabius, ce matin, la liberté d’expression est un principe fondamental de notre République. Si une atteinte est portée à ce principe, il est possible pour une association ou une personne, de porter plainte devant les tribunaux et c’est à eux d’en juger.
  • Q - La France renforce-t-elle la sécurité autour de ses ambassades suite à la publication des caricatures dans Charlie Hebdo ?
  • R - Le ministre des Affaires étrangères a confirmé ce matin sur France Info avoir donné "des instructions pour que dans tous les pays où cela peut poser des problèmes, on prenne des précautions de sécurité particulières".

Il s’agit de cinq mesures qui peuvent être adaptées en fonction de la situation sur place :

  • tout d’abord un message de prudence adressé aux Français installés dans ces pays. Nous leur recommandons de ne prendre aucun risque et d’éviter les attroupements ;
  • ensuite, un message de vigilance à nos agents dans nos ambassades et nos consulats ;
  • nous avons également rappelé aux autorités des pays concernés qu’elles devaient assurer la sécurité de toutes nos implantations. C’est leur responsabilité, en application des conventions internationales ;
  • enfin, nous avons renforcé la sécurité de nos ambassades et de nos consulats, par exemple concernant les procédures de sécurité pour l’accès aux locaux ;
  • par précaution, nous avons également décidé de fermer ce vendredi nos établissements dans une vingtaine de pays : ambassades, consulats, centres culturels, écoles.

4) Propos du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius à Paris le 19 septembre 2012

-* Q - … la liberté d’expression sur cette histoire de « Charlie Hebdo ». Êtes-vous inquiet sur ce qui pourrait se passer samedi ? Et quelles dispositions avez-vous prises, avec d’autres membres du gouvernement, pour éviter que les choses puissent mal se passer ?

  • R - Comme Jean-Marc Ayrault vient de le dire, la liberté d’expression est la règle en France. Bien sûr, le gouvernement la respecte. Maintenant, la liberté d’expression trouve ses limites dans les décisions des tribunaux. S’il existe tel ou tel excès, il appartient à des particuliers, à des groupes de saisir la justice qui dira si, oui ou non, les dispositions de la loi - c’est une loi de 1881 - ont été respectées. Voilà pour le volet sur la législation française. Maintenant, comme vous l’avez dit, au-delà de la loi il y a une émotion qui est présente dans un certain nombre de pays. Étant le chef de la diplomatie française, je parle de pays étrangers.

J’étais hier en Égypte, et nous savons ce qui s’est passé en Libye la semaine dernière et dans d’autres pays comme en Afghanistan. Il faut donc faire appel à la responsabilité, ne pas pratiquer des amalgames qui représentent un danger. C’est-à-dire que, du côté des musulmans, l’on considère qu’au fond il y a toute une série de pays qui sont laxistes, ce qui n’est pas du tout le cas. Et que du côté de pays appartenant à ce qu’on appelle l’occident, on considère que les musulmans sont des extrémistes, ce qui n’est absolument pas le cas. La religion musulmane est une religion pacifiste et paisible.

Sur un plan concret, j’ai donné instruction, après en avoir discuté avec le Premier ministre, de renforcer la vigilance dans nos postes partout à l’étranger où il pourrait y avoir des problèmes. J’ai demandé aussi à ce que nos ressortissants soient extrêmement prudents. Mais cela montre bien qu’il est très dangereux et parfois irresponsable, alors que l’on connaît le climat général, de rajouter de l’huile sur le feu.

C’est un appel à la responsabilité qui est fait. Nous respectons bien sûr et nous protégeons la liberté d’opinion et les tribunaux sont là pour dire si des excès ont été commis. Et nous refusons les amalgames et nous faisons appel à la responsabilité de chacun.

Dernière modification : 19/09/2012

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