Semaine de la diplomatie climatique de l’Union Européenne : tribune conjointe de Mme Marjaana Sall, ambassadrice de l’Union Européenne, et de M. Robby Judes, ambassadeur de France.

Op-Ed Climat - Semaine Diplomatie climatique de l’UE 12-18 septembre 2016

En décembre 2015, 195 pays se sont réunis à Paris pour négocier un nouvel accord mondial sur le climat. Le résultat de cette conférence, tout simplement historique, est le premier accord universel juridiquement contraignant sur le climat. L’objectif principal est de maintenir l’augmentation de la température mondiale bien en dessous de 2 degrés Celsius et de poursuivre l’action menée pour limiter l’augmentation de la température à 1,5 degré Celsius au-dessus des niveaux préindustriels.

Dix mois après, l’accord de Paris reste un motif de fierté pour l’Union européenne (UE) et ses Etats membres. Il l’est certainement aussi pour l’Union des Comores. Cependant, l’heure n’est pas à la complaisance. Pour que notre vision d’un avenir durable et sobre en carbone se matérialise, notre devoir est maintenant de passer des paroles aux actes.

Cette année, nous avons été les témoins de signes encourageants : nos partenaires du monde entier ont confirmé leur ambition politique en faveur de l’action climatique. Plus de 180 pays ont signé l’accord de Paris, et 26 d’entre eux (y compris la Chine et les Etats Unis le 3 septembre dernier) ont finalisé les procédures internes de ratification pour devenir parties à l’Accord.

Nous encourageons l’Union des Comores à faire de même.

La ratification est certes une étape très importante vers la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Mais, la ratification seule ne sera pas suffisante pour réduire les gaz à effet de serre, et concrétiser les mesures d’adaptation et de financement. Les mesures que vont prendre les pays pour respecter les engagements de l’accord, en commençant par les politiques et les cadres législatifs nécessaires à l’élaboration de plans nationaux solides et d’approches internationales, sont tout aussi importantes.

L’UE et ses États membres se sont déjà mis au travail afin de mettre en œuvre l’accord. Nous progressons dans la réalisation de politiques nationales ambitieuses pour le climat, avec de nouvelles propositions qui nous aideront à atteindre l’objectif de réduire les émissions d’au moins 40% d’ici 2030 et de faire progresser la transition vers une économie sobre en carbone.

Nous sommes bien sûr conscients des préoccupations de certains pays qui redoutent l’incidence négative possible sur leur croissance économique des mesures contre le changement climatique.

En fait, notre expérience prouve que le contraire est aussi vrai : nos émissions ont diminué de 23% depuis 1990, alors que notre Produit Intérieur Brut a augmenté de 46% au cours de la même période. Durant ces années, nous avons créé des emplois, des entreprises, de nouvelles technologies et des avantages concurrentiels qui nous permettent de nous préparer pour une nouvelle économie compatible avec notre action climatique.

L’UE et ses États membres ont plus de deux décennies d’expérience dans le développement et la mise en œuvre de politiques ambitieuses pour le climat, mais nous comprenons que pour beaucoup de nos partenaires, il s’agit là d’une expérience nouvelle. Par conséquent, nous sommes prêts à partager notre expérience et les leçons apprises. En réalité, nous mettons déjà en œuvre, au titre de notre politique coopération avec certains de nos partenaires clés, de nombreuses actions de lutte contre le changement climatique.

Nous nous sommes par ailleurs engagés à soutenir l’Union des Comores et d’autres pays vulnérables aux changements climatiques à élaborer des plans climat nationaux, et à réaliser la transition vers des économies résilientes au changement climatique et à faible teneur en carbone.

Nous appuyons notamment le développement de plans nationaux pour le climat et le développement durable, l’intégration de la réduction des risques de catastrophes naturelles dans les politiques nationales, et l’amélioration de la résilience face au changement climatique et aux conditions de vie de populations vulnérables. Nous soutenons le développement des énergies renouvelables avec un impact attendu à terme sur la consommation des énergies fossiles et les émissions carbone de l’Union des Comores. En particulier, la première mini-centrale photovoltaïque du pays devrait voir le jour en 2017 à Mohéli et les premiers forages exploratoires de géothermie seront prochainement mis en œuvre.

De plus, l’Union européenne et la Commission de l’océan Indien (COI) ont signé une déclaration commune sur le climat en décembre 2015 à Paris lors de la conférence COP 21. La COI et l’UE ont reconnu l’importance des menaces et des défis créés par le changement climatique, et ont décidé de travailler ensemble pour réduire les vulnérabilités des petits états insulaires face aux effets du changement climatique.

En plus du développement de stratégies climatiques à long terme, nous devons tous entreprendre immédiatement un certain nombre d’actions. Nous nous réunirons ainsi en novembre prochain à Marrakech pour définir les détails techniques de l’Accord de Paris. Le renforcement des capacités pour lutter contre le dérèglement climatique, le traitement des pertes et dommages liés au changement climatique, et la définition d’une feuille de route pour atteindre les objectifs de financement du climat sont quelques-unes des questions qui seront sur la table à cette occasion.

Nous félicitons le gouvernement de l’Union des Comores pour son engagement renouvelé sur la voie du développement durable et pour les actions conséquentes menées dans les zones rurales en termes d’adaptation de l’agriculture au changement climatique et de protection des ressources en eau, avec l’appui notamment de certaines associations dynamiques. Sur cette voie, le renforcement des capacités est en marche, avec un accent important à placer sur l’éducation et la formation professionnelle.

Cependant, l’action pour le climat n’est pas seulement l’affaire des gouvernements. Le secteur privé, les autorités locales, et la société civile, ont tous un rôle crucial à jouer dans l’action de terrain qui peut faire une réelle différence.

Paris représente une étape décisive. Elle marque le début d’un important processus pour la sauvegarde de la planète pour les générations futures. Nous devons maintenir cet élan dans les mois et les années à venir, parce que l’investissement en vaut la peine : des émissions réduites, une sécurité et une efficacité énergétiques améliorées, une croissance axée sur l’innovation.

Les enjeux sont grands ; il nous reste beaucoup à faire, mais nous avons la responsabilité de travailler ensemble pour un monde plus durable et un avenir meilleur pour tous.

Nous nous réjouissons à l’idée de poursuivre notre partenariat avec l’Union des Comores.

Mr. Robby Judes
Ambassadeur de France en Union des Comores

Mme. Marjaana SALL
Ambassadrice de l’Union Européenne auprès de l’Union des Comores

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Dernière modification : 15/09/2016

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