Une nouvelle espèce de cœlacanthe découverte en Indonésie

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Depuis la découverte en 1938 du premier cœlacanthe (Latimeria chalumnae), tout laissait penser que cette espèce était unique en son genre et formait une petite population vivant quasi exclusivement dans l’archipel des Comores. La capture récente d’un cœlacanthe en Indonésie a remis en question cette hypothèse, d’autant que l’analyse génétique et morphologique, menée sur ce spécimen par des chercheurs de l’Institut Français de Recherche pour le Développement (IRD) et d’instituts scientifiques indonésiens , vient de montrer que celui-ci appartiendrait à une nouvelle espèce (Latimeria menadoensis). Cette découverte, présentée dans les Comptes Rendus de l’Académie des Sciences, éclaire d’un jour nouveau l’histoire évolutive du cœlacanthe.

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En 1938, le premier cœlacanthe vivant (Latimeria chalumnae) est capturé sur la côte Est de l’Afrique du Sud. Cette découverte majeure révélait l’existence d’un "fossile vivant" que l’on croyait disparu depuis 70 millions d’années et qui avait morphologiquement peu évolué depuis son apparition au Dévonien, il y a plus de 400 millions d’années. Les deux cents autres (environ) cœlacanthes inventoriés depuis la fin des années 1930 ont été découverts essentiellement dans l’archipel des Comores. Les recherches scientifiques menées sur certains de ces spécimens laissaient jusqu’alors supposer que Latimeria chalumnae constituait une population dont l’habitat était circonscrit au Canal du Mozambique, voire à certaines îles comoriennes (Grande Comore et Anjouan) seulement. La découverte en juillet 1998, par le Dr Mark Erdmann (Université of Berkeley), d’un cœlacanthe, à plus de 9000 kilomètres de là, près de l’île de Menadotua dans l’archipel de Sulawesi (Indonésie), a infirmé cette hypothèse et suscité de nombreuses questions.

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Afin de déterminer l’éventuelle appartenance du cœlacanthe indonésien a une population différente de celle des Comores, une équipe de chercheurs de l’IRD (Institut Français de Recherche pour le Développement, ex-Orstom), du LIPI (Division of Zoology Research and Development Centre for Biology, Indonesia), du CRIFI-RIFF (Central Research Institute for Fisheries, Indonesia) a procédé à l’étude génétique et morphologique du nouveau spécimen. Ces chercheurs ont ainsi respectivement analysé deux portions du génome (ADN mitochondrial) et décrit les principaux caractères morphologiques du cœlacanthe indonésien. Ils ont ensuite comparé leurs résultats avec les données disponibles pour l’espèce comorienne.

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Les résultats obtenus mettent en évidence des différences génétiques et morphologiques significatives entre le spécimen d’Indonésie et la population de cœlacanthes des Comores qui présente un étonnante absence de polymorphisme. Les divergences génétiques observées sont de l’ordre de celles généralement admises pour des espèces proches mais distinctes. Les chercheurs ont ainsi pu en conclure que le spécimen découvert dans l’archipel de Sulawesi semble appartenir à une nouvelle espèce, qu’ils ont nommée Latimeria menadoensis en référence au lieu de sa capture. Les horloges moléculaires (vitesse d’évolution d’un gène matérialisée par l’accumulation des mutations dans le temps) qui sont connues pour les deux gènes étudiés montrent que Latimeria menadoensis et Latimeria chalumnae se sont différenciés il y a environ 1,5 millions d’années, un évènement relativement récent au regard de l’histoire évolutive des cœlacanthes qui a débuté il y a 400 millions d’années.

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Le cœlacanthe indonésien a été pêché sur les pentes sous-marines d’une île volcanique géologiquement récente, un milieu similaire à celui où vit l’espèce comorienne, confirmant la préférence de ce poisson pour ce type d’environnement. Les anfractuosités, qui se forment lors de l’écoulement de la lave dans la mer, constituent en effet des abris dans lesquels le cœlacanthe se réfugie pendant la journée. Si des études récentes ont montré qu’il est capable de se déplacer d’une grotte à une autre sur plusieurs dizaines de kilomètres, le cœlacanthe, poisson semi-sédentaire, ne s’aventure pas en revanche dans les grandes profondeurs ni en pleine eau. Il semble donc peu probable que l’espèce comorienne ait pu parcourir près de 10.000 kilomètres et franchir d’importantes fosses abyssales aux courants antagonistes avant de rejoindre les rivages indonésiens, et vice-versa. La différenciation génétique observée entre les deux espèces peut donc s’expliquer par un important isolement géographique.

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L’aire de répartition de Latimeria menadoensis pourrait ne pas être limitée au nord de l’île de Sulawesi. De récentes enquêtes indiquent en effet que d’autres cœlacanthes auraient été observés ailleurs dans l’archipel indonésien. L’analyse de quelques spécimens supplémentaires permettrait certainement d’affiner les importants résultats qui viennent d’être obtenus et surtout d’élucider les déplacements des cœlacanthes durant ces derniers millions d’années. Nul doute que ce poisson hors du commun réserve encore bien des surprises. Il a en effet fallu attendre le jubilé du cœlacanthe des Comores pour constater l’arrivée d’un invité imprévu, néanmoins proche parent.

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Extrait des fiches d’actualité scientifique de l’IRD (Institut de recherche pour le développement) - Première publication : Mars 1999.

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Dernière modification : 15/11/2011

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