Vulnérabilité des jeunes thons

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Poissons sous DCP dérivant
©IRD - Ifremer / Fadio / M. Taquet

Pour pêcher plus efficacement, les navires thoniers mettent à profit la tendance des poissons à se regrouper naturellement sous des objets flottants à la surface des océans. Les dispositifs de concentration de poissons (en abrégé DCP) qu’ils mettent à l’eau et qui dérivent en plein océan pourraient bien alourdir la pression qui pèse déjà sur les populations de thonidés tropicaux. Une récente étude, menée dans l’océan Indien par des chercheurs de l’IRD et de l’université de la Réunion, montre en effet que ces DCP ont des impacts sur l’alimentation des deux espèces de thons les plus pêchées par les senneurs [1] en milieu tropical (albacore et listao).

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Les biologistes se basent sur l’analyse des contenus stomacaux de poissons pêchés près de DCP flottants ou ancrés dans l’archipel des Seychelles et au large de l’île de la Réunion et les comparent avec ceux de poissons capturés en bancs libres. Leurs résultats font apparaître une différence de comportement en fonction de la taille ou de l’espèce. Les albacores juvéniles (taille inférieure ou égale à 80 cm) et les listao (espèce de petite taille) n’ont pas les capacités physiologiques pour pénétrer dans les eaux froides et peu oxygénées des profondeurs. Ils se nourrissent de ce fait exclusivement en surface entre 0 et 100 mètres. « Lorsque les DCP artificiels les attirent en pleine mer, dans des zones où les proies sont rares, ils ne peuvent plus s’alimenter convenablement et repartent souvent bredouilles  », explique Sébastien Jaquemet, écologiste marin en accueil à l’IRD et co-auteur des travaux.

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En revanche, les albacores adultes, capables de plonger plus profondément dans la colonne d’eau, peuvent accéder à plus de ressources. L’impact de ces DCP artificiels dérivants sur l’alimentation est donc perceptible pour les listaos et les albacores juvéniles en conditions nutritionnelles restreintes. Dans les zones à forte abondance en proies ou lorsqu’ils sont en bancs libres, les différentes espèces et classes d’âge sont à égalité face à la recherche de nourriture. Les dispositifs ancrés installés près des côtes par les pêcheries artisanales paraissent moins défavorables car ils attirent une faune plus variée, en particulier des larves de poissons récifaux et côtiers, que les thons apprécient.

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Mais les effets négatifs des DCP dérivants utilisés par la pêche industrielle vont plus loin. « Utilisée dans l’océan Indien depuis plus de deux décennies, cette pratique occasionne de forts prélèvements en juvéniles. Si cette classe d’âge voit ses effectifs diminuer, c’est tout le renouvellement des populations qui va en subir le contrecoup, renchérit le chercheur. Cette menace pour la pérennité de l’espèce est compensée par le rôle des plus gros individus, considérés comme les meilleurs reproducteurs. » Un autre type de pêcherie industrielle complique cependant la donne : la pêche à la palangre qui vise les individus présents en profondeur. Il apparaît donc essentiel d’évaluer les impacts écologiques de la pêche industrielle sous DCP sur les stocks de thons tropicaux.

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Ces questions et les travaux sur le comportement des poissons associés aux DCP sont largement débattus dans les colloques actuels, par exemple celui qui s’est tenue cet automne à
Tahiti, consacré à « Pêches thonières et DCP ».

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Contacts

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sebastien.jaquemet@ird.fr

frederic.menard@ird.fr

UMR EME (IRD / Université Montpellier 2 / Ifremer)

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Extrait de l’édition novembre/décembre 2011 du journal de l’Institut de Recherche pour le développement, Sciences au Sud.

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[1Navire avec lequel on pêche au filet appelé senne.

Dernière modification : 27/02/2012

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